acceptance of sorrow cd cover
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cd in jewel case

€14.20

About the Artists
Presspectives

acceptance of sorrow

Milo Fine, Joseph Damman

Duration 72.42 | Released March 2020

milo fine: drum set (percussion), bösendorfer imperial piano, b flat clarinet, marimba

joseph damman: amplified acoustic guitar

 

recorded in concert by milo fine at studio toile d'angles (minneapolis, minnesota) september 9, 2018

all music presented as played

 

About the Artists

2020 marks Milo Fine's 51st year working exclusively in the field of free jazz/improvised music. More to the point (and co-opting bassist/composer Kent Carter’s autobiographical liner note to the 1966 LP JAZZ REALITIES), he states: “I was born January 22, 1952 (Minneapolis, Minnesota), and am not yet dead.”

photo by John Whiting

 

Picture of Milo Fine

Joseph Damman (b. 1985) resides in Minneapolis, MN. His obsession with free improvisation began in 2006, and, since then, he has improvised with local musicians in countless configurations. Additionally, he led the Malian music-influenced Body Omara with Tom Reichert and Davu Seru which featured his compositions. 2006 also marked Joseph's first encounter with Milo Fine at the then yearly Heliotrope Music Festival. They began their ongoing collaborations in 2011.

Picture of Joseph Damman

Presspectives

Jean-Michel Van Schouwburg — Orynx — 11.05.2020

[FR]

Voilà qui change tout à fait des publications et de l’esthétique du label Aural Terrains du compositeur – improvisateur hellène Thanos Chrysakis. Songez donc : qui se souvient du percussionniste clarinettiste et pianiste américain Milo Fine, un des pionniers de la libre improvisation aux USA basé à Minneapolis depuis des décennies ? Et pourtant. Dans sa discographie, on compte une collaboration avec Joe McPhee, MFG in Minnesota, sur Hat Hut, label historique qui a aussi publié deux albums du Milo Fine Free Jazz Ensemble featuring Steve Gnitka : Hah ! et The Constant Extension of Inescapable Tradition en 1977 et 1978. Depuis lors, son label Shih-Shih Wu Aï (fondé en 1972) relate les aventures de son Milo Fine FJE dont Emanem a publié Koi/Klops. Au catalogue d’Emanem, on compte aussi des duos avec Anthony Braxton et Derek Bailey, une collaboration avec la chanteuse Viv Corringham et  deux doubles CD’s. L’un relate son séjour londonien en 2002, Ikebana, et l’autre regroupe trois des premiers albums vinyles du MFFJE featuring SG. Pour  intituler cette réédition Earlier Outbreaks of Iconoclasm  d’un groupe au nom aussi alambiqué mais resté longtemps un duo, ou son dernier triple CD solo, The Only Dignity is Oblivion, il faut n’avoir rien à perdre. Il existe aussi une belle rencontre avec un autre multi-instrumentiste indécrottable, Tim Hodgkinson (« d’Henry Cow »). Milo Fine cultive sans doute une conception tout à fait particulière de l’improvisation : dans les mêmes longs morceaux, il passe de la clarinette, au piano et à la batterie successivement avec un instinct sûr de dérive poétique et volontariste. Mais Milo Fine se défend particulièrement bien sur ses trois instruments et a l’art d’improviser en écoutant son collègue, le guitariste Steve Gnitka ou ici , Joseph Damman. Au piano, il assume pleinement le challenge. On le sait, en improvisation, associer une guitare acoustique et légèrement amplifiée et grand piano, c’est un véritable chausse-trappe. Consultez les discographies de vos pianistes préférés, il y a très peu d’exemples. Derek Bailey avec Cecil Taylor à la requête de C.T. lui-même et le Barcelona de D.B. avec Agusti Fernandez. Donc, lui, il ose, même au péril de l’entreprise, car il ne craint aucun risque. En outre, j’aime beaucoup son jeu énergique, mordant et extrême à la clarinette dont il fait littéralement exploser la colonne d’air et le registre policé. Rageusement brötzmanniaque. À la batterie, il incarne l’improvisation libre pur jus dans le sillage des Paul Lovens et Roger Turner, l’invention je parle. Avec Joseph Damman, il a trouvé quoi faire rapport à son appétit insatiable de guitaristes. Sur un album du MFFJE sur Shi Shi Wu Aï, on trouve aux côtés de Steve Gnitka un deuxième guitariste cobaye, Charlie Gillett. C’est dire que Milo Fine n’a pas froid aux yeux. Et donc cette série d’improvisations en duo a bien des qualités intrinsèques de la free music telle qu’elle se doit d’être vécue. La variété des climats, affects, stratégies, moods, matériaux sonores entourent le jeu subtil et sinueux du guitariste acoustique Joseph Damman, lequel exploite de nombreuses possibilités expressives, contrapuntiques, harmoniques, narratives, oniriques, suggestives de son instrument légèrement amplifié. Alors que Milo Fine joue alternativement de la batterie, des 97 touches du Bösendorfer imperial piano, de la clarinette en Si bémol explosive et du marimba aérien dans des dynamiques et des volumes différents et contrastés, son parcours excentrique place son collègue au centre de ses divagations et met paradoxalement en évidence ce qui fait que Joseph Damman est un guitariste remarquable dans une multiplicité de registres reliés par un lyrisme singulier auquel l’apparente folie de son collègue apporte un éclairage étonnant, dramatique ou faussement anodin. Les émotions suggérées par cette dramaturgie improvisée font le tour des sentiments éprouvés durant la sainte journée de travail ou … de confinement… Si M.F. semble tirer la couverture à lui, en fait, le héros de cette aventure est Joseph Damman, guitariste inconnu qui invente et développe avec succès une palette stylistiquement étendue pour faire face au défi posé par un multi-instrumentiste aussi extravagant. À côté d’un tel hurluberlu, nombre d’improvisateurs qui se profilent à l’horizon du web avec leur C.V. semblent être des fades réchauffant avec empressement les plats concoctés par des pionniers sans peur depuis des lustres. Donc, je vote pour cet Acceptance of Sorrow de deux artistes qui n’exploitent aucune formule récurrente, aucun formatage ou allégeance casuistique, aucun jeu de rôle, mais une cause perdue, le challenge d’improviser à bras le corps en s’égarant, découvrant incidemment des merveilles, trouvailles, travellings – plans insensés mais réussis.